Jeudi 14 janvier 2010 4 14 /01 /Jan /2010 23:19
C'est pourquoi je décidai d'opérer de manière rationnelle. 

Lister, référencer, déterminer, dans quel bar de ma - large - connaissance il était le plus susceptible de se cacher. 


Café de Paris, Flayosc, Var. J'ai quatre ans et mon grand-père nous réuni autour d'une cuisine aussi médiocre que la patronne est jolie. Quinze ans plus-tard, le serveur est toujours là et me donne du "tu", du "ma chérie", des "comment va la famille" et me remémore ces déjeuners d'été, mes cheveux blonds, presque blancs et mon accent qui ne venait résolument "pas de chez nous". Pourtant je ne lui demandait rien d'autre qu'un paquet de cigarettes. Je quitte le bar avec un dernier regard, un-peu peiné, pour d'anciens camarades de classe qui s'abrutissent dans un coin, à grands renforts de litrons. Il était 16 heures. Espérons que nous n'ayons pas cette référence en commun, ça compromettrait notre avenir concupiscent de beaucoup je dois dire.

 

Varesina. Rue Massenet, nous sommes à Nice. Ca parle italien partout sous la petite véranda rouge et ça sent le café fraîchement moulu. Je termine mon expresso au sabayon sous le soleil d'onze heures. La Promenade est à quelques mètres, et j'ai rendez-vous dans quelques minutes. Etait-ce avec lui?

 

Nice Nord, le nom du café ne me revient plus. Il est 7h42 et comme tous les matins depuis deux mois je viens de descendre du bus de la ligne 20 sur un tramway dont tout le monde désire l'aboutissement. J'ouvre mon journal et le patron m'amène l'expresso habituel. Il me tend son briquet avant que j'aie réussi à mettre la main sur le mien et nous échangeons quelques mots. Il me souhaite, comme tous les jours, bien du courage et je franchis le seuil. Je dus m'y résigner, il n'y était pas.

 

Chez Pico, Avenue du Dr Raymond Picaud, à Cannes. Sortie du lit, j'ai traversé la rue et me suis assise en térasse. J'attends un ami en partageant une dose de caféine avec le patron. J'ignore son nom mais nous nous tutoyons quand-même. Ca m'embarrasse autant que ça m'amuse. Toujours pas de trace de mon Ornithorynque Concupiscent, passons au suivant.

 

Paris, Café de la Paix. je me souviens de mon grand-père, de l'Opéra juste avant. Du plafond. Des gens bien habillés, des gens beaux, des gens aisés qui conversent autour de beaux verres à pieds de politique, d'art et de culture.Et je me souviens du cocktail. Pourtant c'était il y a longtemps. Et effectivement, j'étais alors beaucoup trop jeune, grands Dieux!

 

Bruxelles, Brasserie Falstaff. Je sirote un cappuccino sur un Chesterfield que mon père et mon grand-père ont surement connu, et je savoure l'idée de me trouver au sein d'une institution aussi locale que familiale. La culture de la brasserie, c'est quelque-chose dans la famille. Et pas d'Ornithoryque Concupiscent.

 

A deux pas de la grand-place, on s'introduit dans une étroite ouverture. On se faufile entre deux façades, un long corridor en extérieur puis une salle sombre et basse. A l'intérieur les gens y chuchotent plus qu'ils n'y parlent. Les conversations prennent un tour confidentiel. Nous commandons trois ambrées et discutons musique, pianissimo. J'en ressors sans l'Ornithorynque Concupiscent convoité. Chou blanc, comme on dit ici!

 

Place de la Monnaie, Café de l'Opéra. Nous n'avons rendez-vous que dans une heure alors je m'assois pour patienter sous le soleil déclinant de cette fin d'après-midi, quelque-part au milieu du mois d'Août. La terrasse est vide mais la rumeur de la foule, Rue Neuve me parvient. L'Ornithorynque, en revanche, toujours pas.

 

Paris, rue de St Germain, café du même nom. Madeleine personnelle, mon chemin le plus court jusqu'à la rue Denois, un-peu plus bas que la Place d'Italie. Il aurait pu s'y trouver, on n'en était pas loin.

 

Le Vinci, rez-de-chaussée du 70, rue de l'Hôpital Militaire. Nous sommes à Lille. Ca sent le tabac froid et la cuisine de la veille. Banquettes vertes et murs lambrissés. Anti-chambre de mon chez-moi. Jusqu'ici, mon troquet préféré. Les premiers mardis du mois, de vieilles personnes s'y réunissent pour discuter littérature. le reste du temps on y joue à la belote, on échange des nouvelles, on prend une bière, une autre et puis on arrête de compter. Et on repart le visage fendu d'un sourire qu'on n'avait pas forcément en arrivant. Celui-là, il est pour moi, je chercherai mon Ornithorynque ailleurs.

 

Café de Flore, Fac de lettres, on revient à Nice. parce que l'ironie de l'analogie m'a souvent faite sourire, que les cafés y étaient donnés et qu'on était toutes amoureuses du serveur. Il y est sans doute passé, mais on ne s'y est pas croisés.

 

Sea Lounge, Monaco. Je suis entourée d'italiens et de niçois, rolex au poignet. je m'échappe, mal à l'aise et file à Cap d'Ail. C'est la nuit, le café en question est fermé mais ça ne nous dissuade pas de nous y établir. On chante, on éclate de rire, puis on reprend tant bien que mal notre ascension jusqu'à la maison. Entre-temps, il fait jour. Et toujours pas d'Ornithorynque Concupiscent à l'horizon.

 

 

L'ultime endroit, c'est l'Ultime-Atome. C'est à Ixelles, style colonial sur un fond de musique lounge. On y boit un dernier verre. On y fume une dernière cigarette. On pronostique. Avec combien de voiture devra-t-on se battre pour obtenir un morceau de voie. Embouteillage, même à 2h, ou pas? On déambule dans le quartier congolais, on se bat effectivement pour un morceau de voie, il n'y avait pas d'embouteillage mais on est content d'arriver à la maison quand-même. Et  même seule.


platypus 

 
Par Une Ornithorynque Très Concupiscente
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